Il y a des phrases qu’on ne lit pas.
On les entend. Elles respirent.
Elles arrivent comme une gifle douce, ou un fil tendu dans la gorge.
Dans Les Dépossédés, il y avait celle-ci :
« Vraiment ? demanda-t-elle d’une voix très coquette. »
Et tout s’est arrêté.
Je voyais cette enfant — espiègle, brillante, vivante — que Shevek retrouvait après des années. Une voix, une intonation, un éclat.
C’était elle. Elle toute entière, condensée dans cette phrase.
C’est toute la scène autour qui lui donnait sa densité, mais c’est cette réplique qui m’a percée. Qui est restée.
Parfois, c’est ça que je cherche quand j’écris :
Une phrase qui tremble. Un mot qui serre un peu trop fort. Un détail si juste qu’il fait vaciller tout le reste.
Je n’écris pas pour démontrer. Je n’écris pas pour asséner. J’écris pour ouvrir. Pour faire ressentir cette chose fragile qui nous relie : l’éclat d’un rire qu’on retient, une envie qui démange sous la peau.
Alors oui, je cherche cette phrase. Celle qui porte un monde.
Et parfois, je la trouve. Elle me trouve. Et le reste du texte n’a plus qu’à suivre.

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