Ce n’est pas un aveu, ni une plainte. C’est un constat. Peut-être même un territoire.
J’ai longtemps cru que mes blocages étaient des ennemis. Que mes retenues étaient des freins. Que si je n’arrivais pas à tout donner, tout montrer, tout dire, c’est que quelque chose était cassé.
Mais j’apprends, peu à peu, à écouter ces verrous. À les regarder non comme des portes fermées, mais comme des seuils. Comme des gardiens. Des modulateurs.
Mes verrous ne sont pas que des blocages. Ils sont aussi ce qui me pousse à affiner. À peser. À sentir. À attendre parfois, jusqu’à ce que le mot se dépose juste.
Il y a dans la tension quelque chose d’électrique. Dans le non-dit, une densité qui m’attire. Dans l’impossibilité d’écrire librement, parfois, un territoire de vérité plus fort que tous les jaillissements.
Écrire avec des verrous, pour moi, c’est écrire depuis l’intime. Depuis ce que je ne veux pas dire, mais qui finit par s’inscrire. Depuis ce que je crois devoir taire, mais qui cherche une forme.
Je ne sais pas si j’enlèverai un jour tous les verrous. Mais je sais maintenant que j’écris avec eux.

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