Pendant longtemps, j’ai cru qu’une bonne ouverture devait frapper. Une disparition. Un cri. Une faille nette. Une première ligne qui gifle ou qui happe. Je croyais aux départs vifs, à l’entrée fracassante dans l’histoire.
Et puis, j’ai commencé Les Apparences de Gillian Flynn. Et c’est une toute autre tension qui s’est imposée.
Il parle d’elle. De sa femme. Mais ce qu’il décrit, ce n’est pas son rire, ni ses yeux. C’est son crâne. Ce détail là, clinique, presque anatomique. Ça arrive dès les premières pages, sans heurt, sans violence apparente. Et pourtant, dès cet instant, quelque chose cloche. Quelque chose se trouble.
La voix est calme. Le style presque doux. Et pourtant, c’est déjà glaçant.
Parce que personne ne décrit l’être aimé en pensant à son crâne. Parce que dans cette description, il y a quelque chose de déréglé. Comme si l’on regardait la personne qu’on aime de l’intérieur. Pas de l’âme, mais de l’os. C’est une façon de la penser morte, déjà.
Et puis, très vite, on passe à elle. Amy. Mais une Amy jeune. Brillante. Légère. Pétillante. Et la question surgit : qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ?
Ce qui me frappe, c’est que Flynn ne raconte pas. Elle déséquilibre. Elle nous installe dans un flottement. Le lecteur sent qu’il est manipulé, mais ne sait pas encore par qui. Ni comment. Il n’y a pas encore d’enjeu clair, mais la méfiance est déjà là.
Cette ouverture ne révèle rien. Elle installe un trouble. Elle fait naître un soupçon dans un espace encore vide. Et c’est ce qui la rend brillante.
En tant qu’autrice, ça me touche. Parce que j’aime les voix ambiguës. Les fêlures qui ne font pas encore de bruit. J’aime ces débuts où tout est encore possible, mais où déjà, rien ne va plus.
J’avais envie de l’écrire quelque part. De le poser. Pour m’en souvenir. Et peut-être, pour m’en inspirer.

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