Ceux qu’on garde

Je ne m’y attendais pas

La neige crisse sous mes pas. Le froid me saisit.
Une foule piétine. Souffle dans les mains glacées. Un nuage de vapeur.
Puis un hall. La chaleur. Le monde. Étouffant.
Je ne m’y attendais pas.

La connexion se fait. Lentement. Très lentement.
C’est comme une imprégnation.
Au départ, ça effleure. Puis ça touche. Ça racle contre la peau, contre l’os. Et enfin ça traverse.
Je ne m’y attendais pas.

C’est brut. C’est violent. C’est beau.
Pas esthétique. Mais cru.
Et en même temps poli à l’extrême.
Je ne m’y attendais pas.

Les larmes montent. Je les ravale.
Je détourne les yeux, gênée, devant l’obscénité.
Le poids parfois trop lourd.
Je ne m’y attendais pas.

Nous partageons. Nos ressentis.
Les lignes. Les couleurs qui dansent devant nos yeux.
Et nous nous voyions. L’une, l’autre.
Je ne m’y attendais pas.

L’atterrissage.
Le cœur et le corps qui peinent à se réajuster.
Un moment unique. Vibrant.
Je ne m’y attendais pas.


Un lien ancien qui se transforme

Nos mots ne sont plus les mêmes.
Nos silences, vidés de leur poids.
Mais tu es toujours là.
À ta manière.
Comme une ombre floue, au fond de moi.


La tendresse en deuil

Ce matin-là, un silence.
Pas de ceux qui apaisent, non.
De ceux qui anesthésient.

Une atmosphère ouatée.
Une distance qui s’allonge à l’infini.
Une gravité qui n’attire plus, mais qui repousse.

Une tendresse en deuil.
Des gestes retenus.
Comme un train qui quitterait ses rails.