Pendant longtemps, je n’en voyais pas l’intérêt.
Tenir un carnet ? Une distraction de plus. Une façon de s’occuper, de s’inventer un rituel d’écrivain sans écrire vraiment. Une dispersion.
J’avais cette idée que le vrai travail, c’était celui du texte. Le roman. La nouvelle. Ce qu’on construit, ce qu’on polit. Pas ce flux brut, désordonné, que personne ne lirait jamais.
Et pourtant.
J’ai découvert que même si je ne relis jamais mon carnet, il m’aide. Plus que je ne l’aurais cru.
Il m’offre un endroit pour déposer. La pensée. L’angoisse parfois. Les phrases bancales qui tournent en boucle dans la tête. Celles qui n’ont pas encore trouvé leur forme. Ou qui n’en trouveront peut-être jamais.
Écrire là, c’est s’autoriser à ne pas chercher à être lue. Juste écrire. Poser une trace dans les marges.
Pas pour se souvenir.
Mais pour pouvoir oublier.
Car écrire dans un carnet, ce n’est pas documenter. Ce n’est pas construire. C’est créer un abri. Un repli doux. Un endroit où revenir quand tout paraît trop net, trop exigeant, trop visible.
Même entourée, je me retrouve face à moi. Et ce face-à-face, certains jours, demande un refuge.
Ce carnet n’a pas de vocation littéraire. Mais il rend possible tout le reste. Il absorbe. Il tamise. Il soutient.
Aujourd’hui, je ne le regarde pas comme un outil. Plutôt comme un compagnon silencieux. Qui accepte tout ce que j’y confie. Sans jamais rien demander en retour.

Répondre à Camille Carrin Annuler la réponse.