Il y a des absences qui n’arrivent pas comme un grand vide. Elles ne s’imposent pas toujours d’un seul coup. Elles ne font pas forcément de bruit. Elles ne ressemblent pas toujours à une rupture nette, à une place brutalement désertée. Parfois, elles apparaissent plus doucement.
Dans un geste. Dans une habitude. Dans cette manière qu’a le corps de chercher avant même que la pensée ait compris.
En creux est né de cette sensation-là : découvrir après coup tous les endroits où une présence s’était installée. Pas seulement dans les grands moments. Pas seulement dans les souvenirs évidents. Mais dans les choses minuscules.
Une place à côté de soi. Des bras qui se souviennent. Une phrase que l’on aurait voulu raconter. Un réflexe absurde, presque tendre, de tourner la tête vers quelqu’un qui n’est pas là.
J’aime cette idée que le manque ne soit pas seulement une disparition.
On le pense souvent comme un vide. Comme quelque chose qui manque, justement. Un trou, une absence, un creux à combler. Mais parfois, le manque dit autre chose.
Il mesure une place prise sans qu’on s’en rende compte. Il révèle ce qui s’était doucement installé. Il dessine les contours d’une présence que l’on ne voyait pas entièrement tant qu’elle était là.
C’est peut-être cela qui me touche dans ce poème : l’absence n’y est pas seulement douloureuse. Elle est aussi révélatrice.
Elle montre ce qui comptait. Elle donne une forme à ce qui était devenu naturel.
Elle rend visible ce qui s’était glissé dans le quotidien, dans les gestes, dans le corps, dans les petites choses gardées presque sans y penser.
Ce poème rejoint le corpus Ceux qu’on garde, parce qu’il parle précisément de cela. De ce que l’on conserve malgré soi. De ce qui reste dans les réflexes. De ces présences qui continuent d’exister autrement, non pas comme des fantômes, mais comme des contours.
En creux. Là où quelque chose manque, et où pourtant quelque chose apparaît.

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