Il y a des moments où l’on ne sait plus très bien ce que l’on vérifie.
Une sensation. Une présence. Un changement minuscule. Une réponse que personne n’a formulée.
Le Conditionnel est né de cet endroit-là : une zone incertaine, presque tactile, où quelque chose semble à la fois là et pas tout à fait là. Au début, la forme est familière. Douce. Chaude. Rassurante, peut-être.
Puis les contours se troublent.
Rien n’a changé de manière visible. Rien ne s’est déplacé franchement. Et pourtant, la perception n’est plus la même. Ce qui semblait doux paraît soudain moins certain. Ce qui semblait évident demande à être vérifié.
J’avais envie d’écrire ce moment précis où l’on commence à chercher un signe. Pas un signe spectaculaire. Pas une preuve claire. Seulement quelque chose sous le doigt. Une résistance. Un grain. Une pulsation. Quelque chose qui dirait : oui, c’est encore là.
Mais plus on vérifie, moins on sait.
Le geste devient presque absurde. On appuie à peine. On retire la main. On recommence. Comme si le corps pouvait répondre à la place du réel. Comme si une sensation pouvait trancher ce que la pensée n’arrive pas à formuler.
Ce qui m’intéresse dans ce poème, c’est cette hésitation. Attendre un signe. Le redouter. L’inventer peut-être. Ne plus savoir si le silence confirme quelque chose ou si l’on est seulement en train de lui donner une forme.
Le conditionnel est un temps étrange. Il ne dit pas ce qui est. Il dit ce qui pourrait être. Ce qui aurait lieu si. Ce qui tremble encore entre la possibilité et la peur.
Dans ce poème, tout reste à cet endroit-là. Rien ne bascule complètement. Rien ne se révèle vraiment. Il y a seulement une forme, un doigt, un silence, une pulsation. Et cette question qui revient, de plus en plus fragile : est-ce que quelque chose répond encore ?
Ou est-ce moi qui pulse trop fort ?
Ce poème rejoint le corpus Sous la peau, parce qu’il parle de ce qui ne se voit pas directement, mais insiste dans le corps. De ces sensations qui deviennent presque des preuves. De ces signes minuscules que l’on cherche, que l’on craint, que l’on écoute trop longtemps.
Sous la peau, parfois, le doute continue de battre.

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