Certaines histoires naissent dans des endroits inconfortables.
Pas dans les grandes idées ou les intrigues spectaculaires, mais dans ces moments où une situation cesse d’être simple. Quand une décision devient impossible à prendre sans qu’une part de nous y reste.
C’est souvent là que commencent mes textes.
Je m’intéresse peu aux personnages parfaitement héroïques ou parfaitement coupables. Ce qui me fascine davantage, ce sont les zones où les certitudes se fissurent : ces instants où quelqu’un agit sans être sûr d’avoir raison, mais sans pouvoir faire autrement.
Dans ces endroits-là, la morale cesse d’être une règle claire. Elle devient une tension.
Écrire au bord
Beaucoup de mes histoires avancent dans cet espace fragile. Un espace où aimer quelqu’un ne suffit pas toujours à le sauver. Où protéger peut aussi blesser. Où certaines décisions laissent des traces qui ne disparaissent jamais vraiment.
C’est une écriture du bord.
Pas le bord spectaculaire, celui des grands drames. Plutôt ce point très précis où l’on sent que quelque chose bascule.
Dans mes nouvelles, ce moment peut apparaître très vite : une situation se tend, un choix est posé, et tout ce qui suivra en découle.
Mais parfois, ce mouvement demande plus d’espace.
Quand une faille devient un roman
Le roman sur lequel je travaille actuellement, est né de cette même interrogation.
Que se passe-t-il quand une personne avance longtemps sur cette ligne instable ? Quand les choix difficiles ne sont plus des exceptions, mais deviennent une manière de vivre ?
Ce roman explore cette tension sur une durée plus longue. Il suit des personnages qui évoluent dans un environnement où la perception des autres, les rapports de pouvoir et les failles intimes se mêlent peu à peu.
Comme dans mes nouvelles, il n’y a pas de réponse simple. Il y a seulement des trajectoires humaines, avec leurs contradictions.
Continuer à écrire depuis cet endroit
Si mes textes ont un point commun, c’est peut-être celui-ci : ils ne cherchent pas à rassurer. Ils cherchent plutôt à regarder ce qui se passe quand les choses cessent d’être évidentes.
Ce n’est pas toujours confortable. Mais c’est là que l’écriture devient la plus vivante.
Et c’est probablement pour cela que j’y reviens sans cesse.

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