Il y a quelque chose qu’on comprend mal dans ce mot. « Lâcher ».

On l’utilise comme une injonction. Comme un conseil. Parfois même comme une forme de sagesse. Lâche prise. Laisse aller. Arrête de t’accrocher. Mais dans le réel, ça ne se passe pas comme ça.

On ne lâche pas. On tient. On tient même très bien. Trop longtemps, souvent. Avec les mains. Avec les dents. Avec tout ce qu’on peut mobiliser pour que ça ne parte pas.

Parce que lâcher, ce n’est pas neutre. Ce n’est pas un geste élégant. Ce n’est pas une décision propre.

C’est un moment. Un moment où ça ne tient plus.

Dans le corps, ça se sent très précisément. Il y a d’abord les doigts qui cherchent. Qui s’agrippent. Qui s’accrochent à quelque chose — parfois à peine là. Et puis ça glisse.

Alors on insiste. On serre plus fort. On gratte, presque. On abîme ce qu’on essaie de garder.

Il y a une forme de violence dans le fait de vouloir retenir. Une violence qui ne dit pas son nom.

Et puis ça lâche. Pas parce qu’on a décidé. Pas parce qu’on a « accepté ». Parce que ça cède. Il n’y a plus de prise. Plus de tension possible. Juste ce moment très court où quelque chose disparaît.

Ce qui suit est encore plus difficile à nommer. On parle souvent de vide. Mais ce n’est pas exactement ça.

C’est un espace.

Un espace sans résistance. Sans appui. Sans ce point fixe autour duquel on s’organisait.

Et ça peut faire peur. Parce que dans cet espace-là, on ne sait plus très bien qui on est sans ce qu’on tenait.


Alors oui, parfois, lâcher fait mal.

Parce que ça emporte avec lui :

  • une image
  • une attente
  • une manière d’être au monde

Et parce que, même quand ça faisait souffrir, ça structurait quelque chose.

Mais parfois aussi… ça laisse une trace différente. Pas une absence. Pas un manque. Quelque chose de plus discret.

Une sensation. Un déplacement. Une ouverture, peut-être. Quelque chose qui ne s’impose pas, mais qui reste.

Le poème Lâcher est né de cet endroit-là. Pas d’une volonté de dire « il faut lâcher ».

Mais de l’observation presque physique de ce moment où ça ne tient plus.

Et peut-être que la vraie question n’est pas : Comment lâcher ?

Mais : Qu’est-ce qui en nous continue de vouloir tenir même quand tout a déjà glissé ?

Poème à lire ici.

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