Je suis en train de finir Au Bord.

Je pourrais dire que c’est la dernière ligne droite. Que tout est presque en place. Que je peaufine.

Ce serait propre. Rassurant. Mais ce n’est pas ça.

Je suis en train de reprendre le texte. De le démonter par endroits. De vérifier chaque phrase. Et parfois, je sens que ça résiste. Pas parce que ce n’est pas abouti. Mais parce que quelque chose en moi n’est déjà plus tout à fait dedans.

C’est étrange à dire, après des mois à écrire ce livre. Mais je crois que je suis déjà en train de le quitter. Pas complètement.

Je suis encore là. Je fais le travail. Je vais au bout. Mais il y a autre chose. Pas une idée. Pas un « prochain projet ». Une présence. Une femme. Anne.

Je ne sais rien d’elle. Pas son histoire. Pas sa trajectoire. Pas même ce que je vais en faire. Mais elle est là. Et elle bouge. Elle ne décide rien. Elle déplace. Et ça, je ne peux pas l’ignorer.

Ce n’est pas confortable. Parce que j’aimerais finir un livre proprement. Tourner la page. Respirer. Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. Quelque chose commence pendant que je suis en train de terminer autre chose. Et je sens déjà la tension. Entre ce que je dois finir. Et ce qui insiste.

Je pourrais faire comme si de rien n’était. Attendre que ce soit plus clair. Plus construit. Mais j’ai déjà fait ça. Et j’ai appris que c’était une erreur. Les choses les plus importantes ne commencent jamais proprement.

Alors pour l’instant, je fais les deux. Je termine Au Bord. Et je laisse cette autre chose exister. Sans la forcer. Sans la nommer trop vite. Sans la rassurer. Juste en acceptant que ça dérange un peu l’équilibre.

Parce que peut-être que ce n’est pas un problème à régler. Peut-être que c’est exactement là que ça devient intéressant.

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