Pendant longtemps, je pensais que les histoires commençaient par une idée.
Un concept. Une scène. Une intrigue suffisamment forte pour tenir un roman. Mais ce n’est presque jamais comme ça que ça se passe.
Les personnages arrivent avant. Pas complètement. Pas clairement. Ils apparaissent par fragments.
Une manière de regarder les autres. De répondre trop vite. D’éviter certains sujets. Une façon de tenir son verre. De rester silencieux quelques secondes trop longtemps.
Parfois, c’est encore plus flou que ça. Juste une sensation. Quelque chose qui résiste. Ou quelque chose qui cède déjà. Et souvent, je ne comprends pas tout de suite ce que je suis en train de regarder.
Je ne connais pas encore leur histoire. Ni leur passé. Ni même leur place dans le récit. Mais il y a déjà une tension. Une faille. Ou une manière très particulière de survivre au monde.
C’est étrange, parce qu’à ce stade-là, ils ne sont pas encore vraiment des personnages. Ils ressemblent davantage à des présences. Quelque chose qui s’installe doucement dans un coin de la tête.
Alors je commence à écrire autour d’eux. Pas pour les expliquer. Au contraire. Je crois que j’écris surtout pour comprendre pourquoi ils me dérangent autant.
L’intrigue vient après. Beaucoup plus tard. Quand les tensions commencent à se croiser. Quand les silences produisent des conséquences. Quand les personnages commencent à déplacer quelque chose autour d’eux.
Mais au début, il n’y a presque rien. Pas une histoire. Juste quelqu’un qui entre dans une pièce intérieure. Et qui refuse d’en sortir.

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