Quand je commence une scène, je cherche rarement ce qui va se passer. Je cherche ce qui est déjà là. Une gêne. Une colère qui n’a pas encore trouvé ses mots. Une peur. Un désir. Quelque chose qui travaille le personnage avant même qu’il fasse quoi que ce soit.
Pendant longtemps, je pensais que les scènes naissaient de l’action. Qu’il fallait un événement, une révélation, un conflit visible. Aujourd’hui, je crois que ce qui m’intéresse se trouve un peu avant. Dans cet espace fragile où rien n’a encore éclaté.
Une main qui tremble. Une respiration qui change. Une question que l’on évite. Une phrase qui s’arrête au milieu. C’est souvent là que je reconnais une scène qui mérite d’être écrite.
Je pourrais inventer une dispute. Un départ. Une rencontre. Mais si rien ne bouge à l’intérieur des personnages, j’ai l’impression d’écrire une mécanique.
À l’inverse, il arrive qu’une scène entière naisse d’un détail presque invisible. Un regard qui dure une seconde de trop. Quelqu’un qui répond « oui » alors qu’il pense « non ». Une porte que l’on hésite à ouvrir. À partir de là, je n’ai plus besoin de forcer grand-chose.
La scène commence à prendre ses propres décisions. Les personnages résistent. Ils se taisent quand je voudrais qu’ils parlent. Ils parlent quand je préférerais qu’ils se taisent. Et c’est souvent à ce moment-là que l’écriture devient intéressante.
Je crois que ce que je cherche n’est pas l’action. Je cherche la tension qui la rend inévitable. Parce qu’une scène n’existe pas vraiment quand quelque chose arrive. Elle existe quand quelque chose pourrait arriver à tout instant.

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