Je passe une bonne partie de mes journées à chercher de la cohérence.

Dans mon travail, je manipule des données, je construis des modèles, je cherche à comprendre pourquoi quelque chose fonctionne, pourquoi autre chose ne fonctionne pas, pourquoi deux résultats qui devraient raconter la même histoire finissent par se contredire.

J’aime quand les choses sont structurées. Quand les règles sont claires, les raisonnements solides et les réponses vérifiables.

Et puis, le soir, je peux ouvrir un roman et m’attacher précisément à ce qui échappe à toute logique confortable.

Des personnages qui mentent, parfois même à eux-mêmes. Qui prennent de mauvaises décisions en sachant parfaitement ce qu’ils font. Qui comprennent les autres avec une grande lucidité, mais restent incapables de regarder leurs propres contradictions.

Au travail, j’essaie de résoudre les incohérences. Dans mes lectures, elles m’intéressent.

C’est assez amusant, finalement.

Des histoires, sous toutes leurs formes

Les livres occupent une place importante dans ma vie, évidemment. Mais ils ne sont pas seuls.

J’aime aussi les jeux vidéo. Pas seulement pour jouer, mais pour les mondes qu’ils proposent, les histoires qu’ils permettent de traverser, les choix qu’ils nous laissent faire. Un bon jeu narratif peut me marquer aussi durablement qu’un roman.

Il y a le cinéma, également. Les films des frères Coen, par exemple, avec leurs personnages souvent dépassés par les événements, leurs absurdités, leur violence parfois déroutante et cet humour qui arrive là où on ne l’attend pas.

Et puis les séries, les animés japonais, les expositions de peinture.

Je peux passer d’une œuvre sombre et moralement inconfortable à quelque chose de beaucoup plus léger. D’une histoire complexe à un simple plaisir visuel. Je n’ai pas besoin que toutes ces expériences me procurent la même chose.

Certaines me font réfléchir. D’autres m’émeuvent, me surprennent ou m’amusent. Et parfois, j’ai seulement envie de passer un bon moment.

Tout n’a pas besoin d’être profond pour avoir de la valeur.

Ce qui retient mon regard

J’aime aussi prendre des photos. Mon téléphone se remplit d’escaliers, de cours intérieures, de façades, de lumières étranges. Des endroits devant lesquels beaucoup de gens passeraient probablement sans s’arrêter.

Mais il contient aussi des cafés, des fleurs, des livres, des paysages et toutes sortes de petits morceaux de quotidien.

Je ne cherche pas systématiquement une composition artistique. Il m’arrive simplement de trouver quelque chose beau, curieux ou amusant et d’avoir envie d’en garder une image.

Certaines de ces photographies rejoignent ensuite mon univers d’autrice. D’autres restent des souvenirs personnels. Et c’est très bien ainsi.

Tout ne doit pas devenir de l’écriture

C’est peut-être un point important.

Quand on écrit, on peut être tenté de regarder chaque expérience comme une matière possible pour un futur texte. Une conversation entendue dans la rue, un personnage rencontré, une scène de film, un lieu photographié.

Il m’arrive évidemment de le faire. Mais je n’ai pas envie que tout ce que j’aime soit systématiquement ramené à mes romans.

Je peux lire sans analyser la construction d’un personnage. Aller au cinéma sans réfléchir à ce que la mise en scène pourrait m’apprendre. Jouer pendant des heures sans chercher à en tirer une idée. Prendre un café sans qu’il devienne le symbole de quoi que ce soit.

J’ai une vie professionnelle, une vie personnelle, des curiosités et des plaisirs qui existent indépendamment de l’écriture. Même si tout cela finit parfois par se croiser.

Derrière les textes

Jusqu’ici, j’ai surtout partagé mes poèmes, mes réflexions sur l’écriture et l’univers de mes romans. C’est une partie importante de moi, mais ce n’est pas la seule.

Il y a aussi la personne qui travaille dans la data, qui joue sur PC, qui aime passer une soirée devant un film, découvrir une exposition, feuilleter des livres ou simplement s’arrêter devant une lumière particulière.

J’avais envie de laisser un peu plus de place à tout cela, sur Instagram comme ici. Pas pour raconter chaque détail de mon quotidien, ni pour faire de chaque moment une publication. Simplement pour montrer un peu davantage ce qui existe autour des textes.

Aimer la rigueur n’empêche pas d’aimer l’incertitude. Apprécier les structures solides n’interdit pas de s’intéresser aux personnages qui les fissurent. Et avoir un esprit analytique ne signifie pas vouloir tout expliquer.

Je peux chercher des réponses pendant la journée et apprécier de ne pas en trouver dans un roman. Finalement, ces différentes facettes cohabitent plutôt bien. Et elles me ressemblent toutes.

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