Il y a des textes qui naissent dans le choc. Et d’autres dans le frottement.

Échardes appartient à cette seconde catégorie. Il ne raconte pas un événement précis. Il parle de ce qui se dépose. De ce qui insiste. De ces micro-agressions presque invisibles — sons, rythmes, tensions — qui finissent par laisser une trace sous la peau.

Au départ, il y a un déséquilibre. Un rythme nouveau qui heurte, qui dérange l’accord intérieur. Quelque chose qui n’est pas encore une douleur, mais qui n’est déjà plus neutre. Le corps le sait avant la pensée. Il se crispe, se referme, devient poreux malgré lui.

Puis viennent les échardes. Pas des blessures franches. Pas de cris. Plutôt des griffures diffuses, répétées. Des sensations qui irritent, percent, s’infiltrent. Ce sont souvent elles qui font le plus de dégâts, parce qu’on ne sait pas toujours quand ni comment les extraire.

Ce poème ne cherche pas à les nommer toutes. Il s’arrête juste avant. Là où quelque chose commence à se transformer.

Car Échardes parle aussi d’un autre mouvement : celui de la densification. À force de frictions, le corps apprend. Il se nuance. Il devient moins perméable, non par fermeture, mais par ajustement. Il ne s’endurcit pas — il s’accorde autrement.

Alors la respiration change. Le flux se réorganise. Et le monde, sans être plus doux, retrouve un timbre plus juste.

C’est un poème sur cette traversée-là. Sur ce moment fragile où l’on cesse de subir sans encore maîtriser. Sur l’instant où quelque chose, enfin, se remet à vibrer à la bonne fréquence.

Échardes

Un rythme
Nouveau
Il t’ébranle
Te heurte.

Les sons
Le sensations
Comme des échardes sous la peau
Elles irritent, griffent, percent.

Puis tu deviens moins poreuse
Plus nuancée
Tu respires dans un flux renouvelé
Et le monde retrouve son timbre.

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