Ce qui nourrit mon imaginaire

Mon imaginaire ne vient pas seulement des livres.

Bien sûr, il y a les romans lus trop vite, les phrases soulignées, les histoires qui s’impriment quelque part et continuent à vivre longtemps après la dernière page. Mais ce n’est qu’une partie de ce qui reste.

Il y a les films qui laissent une image derrière eux. Pas forcément une scène spectaculaire. Parfois, seulement un plan. Une lumière sur un mur. Un couloir trop silencieux. Un visage qui ne dit pas ce qu’il devrait dire.

Il y a les séries où les personnages se taisent plus qu’ils ne parlent. Celles où l’on sent qu’une phrase pourrait tout faire basculer, mais qu’elle reste coincée quelque part. Celles où le non-dit devient presque un personnage à part entière.

Il y a aussi les jeux vidéo. Pas seulement pour leurs histoires, mais pour leurs lieux. Leur manière de nous faire avancer dans un monde. D’entrer dans une pièce abandonnée. De traverser un paysage sans qu’on nous explique tout. De comprendre quelque chose par l’atmosphère, par la lumière, par la façon dont un décor semble se souvenir de ce qui s’est passé.

Je crois que les lieux m’obsèdent pour cette raison.

Un escalier vide. Une fenêtre éclairée. Une porte entrouverte. Une pièce où quelque chose semble avoir été interrompu. Ces endroits ne racontent rien clairement. Pourtant, ils déplacent quelque chose. Ils donnent l’impression qu’une histoire est déjà là, presque visible, mais pas encore formulée.

Et puis il y a le quotidien.

Une phrase entendue dans le métro. Une main posée trop vite sur une table. Une tension dans une voix. Une lumière de fin de journée sur une façade. Le silence très particulier d’un appartement après le départ de quelqu’un.

Tout ne devient pas une histoire. La plupart des choses restent simplement là. Elles passent, s’effacent, reviennent parfois sans prévenir. Mais certaines s’accrochent.

Elles ne demandent pas immédiatement à être écrites. Elles attendent. Elles se déposent quelque part. Et puis, des semaines ou des mois plus tard, elles réapparaissent autrement. Dans une scène. Dans un personnage. Dans une image. Dans une phrase que je ne savais pas chercher.

Je crois que j’écris avec tout cela. Pas seulement avec des idées. Pas seulement avec des intrigues ou des thèmes.

J’écris avec des traces. Des sensations gardées. Des images qui insistent. Des silences qui n’ont jamais vraiment disparu.

C’est peut-être ce qui relie les livres, les films, les séries, les jeux vidéo et les lieux que je photographie ou que j’invente : cette manière de laisser quelque chose après eux. Une impression. Un trouble. Une présence difficile à nommer.

Et souvent, c’est là que commence l’écriture. Pas dans une certitude. Dans ce qui reste.

2 réponses à « Ce qui nourrit mon imaginaire »

  1. Avatar de Dominique Ponthus
    Dominique Ponthus

    Oui vrai et grand ressenti.

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    1. Avatar de Camille Carrin

      Merci beaucoup. C’est justement ce que j’essaie de chercher dans ces textes : quelque chose de vrai, qui passe par le ressenti.

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