Il y a des poèmes qui n’arrivent pas depuis une blessure. Pas depuis une colère, une tension ancienne, une chose restée coincée sous la peau.
Celui-ci vient d’un autre endroit. D’un allègement. D’une douceur qui ne s’annonce pas vraiment. Qui ne force rien. Qui prend simplement place, peu à peu, jusqu’à déplacer l’espace autour d’elle.
Une mémoire sans passé est né de cette sensation étrange : reconnaître quelque chose qui commence à peine.
Comme si le corps savait avant la pensée. Comme si une partie de soi disait oui avant même d’avoir trouvé les mots. Comme si une évidence pouvait être neuve, et pourtant déjà familière.
Ce n’est pas une certitude bruyante. Ce n’est pas une promesse. Ce n’est pas quelque chose qui s’impose.
C’est plus discret que ça. Un poids qui s’allège. Une respiration qui change. Une douceur sur la peau. Une chaleur qui ne brûle pas. Un espace intérieur qui s’ouvre un peu plus chaque jour.
J’avais envie d’écrire ce moment précis où quelque chose devient plein sans devenir lourd. Où le calme et le vertige peuvent exister ensemble. Où l’on ne comprend pas encore tout, mais où l’on sent que quelque chose est à sa place.
Ce poème inaugure aussi un nouveau corpus de poème sur le site : Ce qui s’ouvre.
J’avais besoin d’un endroit pour les textes qui ne viennent pas seulement de la faille, du manque ou de ce qui revient. Un endroit pour les poèmes où quelque chose se desserre. Où le corps ne retient plus seulement une tension, mais accueille une douceur. Où l’intime n’est pas une chute, mais une ouverture.
Cela ne veut pas dire que tout devient simple. Ni que l’ombre disparaît. Mais parfois, dans l’ombre même, quelque chose s’ouvre. Et tout à coup, sans bruit, le monde semble un peu plus vaste.

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